"Homo sapiens, homo destructor?" por Loïc Chauveau

 

Pyromane, viandard et destructeur. Voilà le portrait peu reluisant qui émerge des travaux de paléontologie les plus récents. Homo sapiens n’a jamais été en paix avec son environnement. Pire, alors qu’il en dépend pour sa survie, il le violente depuis ses origines. "L’espèce humaine a deux caractéristiques principales, détaille Jean-Jacques Hublin, professeur au Collège de France. Elle s’attaque à des animaux plus gros qu’elle, et s’oriente de préférence vers des proies jeunes – ce qui n’est pas le cas des autres prédateurs." Il n’existe pas de meilleur moyen d’éradiquer une espèce occupant le haut de la chaîne alimentaire que de tuer ses jeunes. Les plus gros animaux se reproduisent peu, en effet : les gestations sont longues, très espacées dans le temps, et ne donnent naissance qu’à un ou deux petits à la fois. Qu’une génération s'affaiblisse, et toute l'espèce est menacée. Or, la colonisation de la planète par l'Homme, à partir de la dernière sortie d'Afrique (- 70.000 ans), coïncide avec la disparitions en quelques milliers d'années de la mégafaune : tigres à dent de sabre, marsupiaux géants, ours des cavernes… les victimes ?

La question divise la communauté scientifique depuis plus de soixante ans… sans être tranchée. Les uns, comme Stephen Wroe de l'université de Sydney (Australie), estiment que la principale cause de ces extinctions est le changement climatique, et notamment la remontée des températures du début de l'Holocène il y a 11.500 ans, après un maximum glaciaire particulièrement froid. Impossible, selon eux, que le peu d'hommes peuplant alors la Terre - les estimations de la population européenne lors de ce dernier maximum glaciaire oscillent entre 11.000 et 28.000 individus ! - puissent être responsables de la disparition de dizaines de milliers de grands mammifères. L'inadaptation de cette mégafaune à l'élévation des températures, l'incapacité de changer de diète alors que le couvert végétal se modifie paraissent être des explications plus raisonnables.

 

Pirómano, carnívoro y destructor. Éste es el retrato poco reluciente que surge de la obra paleontológica más actual. El homo sapiens jamás mantuvo paz con su ambiente. Incluso peor, aunque depende de él para su superviciencia, lo violenta desde sus orígenes. "La especie humana tiene dos características principales, explica Jean-Jacques Hublin, profesor del College de France. Se alimenta de animales más grandes que ella, y especialmente de las presas jóvenes, algo que no hacen los otros depredadores. No hay mejor medio para erradicar a una especie estando en la cima de la cadena alimenticia que matando a sus jóvenes. Los animales más grandes se reproducen poco: la gestación es larga, son más esporádicas, y no nacen más que uno o dos pequeños cada vez. Si una generación se debilita, toda la especie está amenazada. Sin embargo, la colonización del planeta por el hombre, a partir de la última diáspora de África (hace 70,000 años) coincide con la desaparición en unos cuantos miles de años de la megafauna: tigres dientes de sable, marsupiales gigantes, osos de las cavernas.. ¿Víctimas?

La cuestión divide a la comunidad científica desde hace más de sesenta años... Sin ser resuelta. Unos, como Stephen Wroe de la Universidad de Sydney, estiman que la principal causa de su extinción es el cambio climático y especialmente la subida de temperaturas a inicios del Holoceno hace 11,500 años, después de un periodo glaciar particularmente frío. Imposible, según dicen ellos, que los pocos hombres que había entonces en la Tierra (las estimaciones de la población europea durante de la última glaciación oscilan entre 11 mil y 28 mil individuos) pudieran haber sido responsables de la desaparición de decenas de miles de grandes mamíferos. La inadaptación de la megafauna a la elevación de las temperaturas, su incapacidad de cambiar su dieta a medida que la vegetación se transformaba   parecen ser explicaciones más razonables.

 

Publicado originalmente en francés en Sciences et avenir (13/02/2021).